Critique du film MR 73
17 mars 2008 par Adhemar
Profitant du printemps du cinéma, je décidai sur un coup de tête de partager mon après-midi avec Daniel Auteuil. Ainsi j’assistai à la projection de MR 73.
Ce film est inspiré d’une histoire vraie
La première scène en noir et blanc annonce la couleur (pardon, trop tentant). On y découvre un homme, quinqua, las, absent, caché derrière ses raybans teintées, ses cheveux négligés tombant sur son front, et sa barbe de trois jours. “Dieu est un fils de pute. Et quand je le verrai, je le tuerai”. C’est dit.
Ravagé par l’alcool, ses supérieurs choisiront d’écarter Louis Schneider d’une enquête de meurtres en séries sur Marseille. Il décide alors de continuer officieusement sans l’aval de sa hierarchie son investigation afin d’éviter que son ripoux de collègue ne néglige l’affaire.
Au même moment, Justine, jeune serveuse dans un club nocturne, apprend que l’assassin de ses parents sera relâché dans deux semaines. Elle qui n’a toujours pas fini son deuil cherche à savoir précisément ce qui s’est passé 20 ans plus tôt. Elle rencontrera Louis Schneider dans sa quête.
Avant d’entrer dans la salle, je pensais MR 73 comme un polar à la française, une sorte de Seven panaché à l’anisette où seules quelques marcels bedonnant jureraient avec les tréfonds de n’importe quelle ville américaine un tant soit peu glauque. En fait, non.
L’intrigue policière n’a qu’une fonction de trame pour guider les personnages. Il n’est pas question ici d’une palpitante énigme avec un tueur encapuché échappant sans cesse aux malins-mais-pas-encore-assez inspecteurs. On nous plonge directement dans la SRPJ, là où c’est crade, là où ca pue. Comme Olivier Marchal avait choisi de faire avec 36 Quai des Orfèvres, il lève le voile d’un univers tordu, pourri, opportuniste où les conflits sont légions, et les compatiblités humaines problématiques. Des flics avec des vies comme tout le monde. Des vies de con. Loin des honneurs et des récompenses, malgré les états de services élogieux.
On suit et poursuit ainsi Louis Schneider, au gré de ses courtes investigations et longues nuits alcoolisées. Enchaîner les bouteilles de whisky ne l’empêche de voir et revoir le terrible accident qu’ont vécu sa femme et sa fille. Boire pour oublier. On ne sait plus trop qui de l’alcool qui de son travail le maintient encore en vie. On assiste impuissant à la déchéance croissante d’un homme que la vie a éprouvé.
Tout cela, on le ressent magnifiquement par les ambiances tendues, nerveuses, oppressantes rendues par Olivier Marchal. La clarté laiteuse de l’extérieur laisse place à des verts salis et des oranges boueux d’intérieurs défraîchis. La caméra flotte, encore portée par les vapeurs d’alcool échappées. On sent la froideur métallique du briquet au bout des phalanges. Puis la chaleur du filtre sur ses doigts.
Si l’atmosphère est parfaitement maîtrisée, le réalisateur en joue pesamment et s’attarde sur d’insignifiants détails. Il en résulte quelques longueurs où l’on se prend à décrocher, des scènes démonstratrices de l’expertise du décorateur de l’éclairagiste, sans grand intérêt pour le spectateur.
En bref, plus qu’une simple intrigue policière, ce film nous immerge dans la peau de personnages hantés par leur passé, refermant douloureusement leurs regrets, sur fond de magouilles policières, amitiés serviles, intérêts éminemment personnels et peurs haletantes.
Ce n’est pas un film que je conseillerai à tout prix. Si au lieu d’être un aficionado des énigmes policiaires capilotractées, vous êtes plutôt fans des ambiances noires où se dessinent des profils pyschologiques torturés, n’hésitez plus !
PS : Je ne vais pas spoiler, mais j’aurais bien établi avec plaisir tout le ressort dramatique mais néanmoins rempli d’espoir de la dernière scène. On en reparlera ensemble :)

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